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Halakha et vaccination ?

Rabbin David Golinkin, Président de l’Institut Schechter de Jérusalem, Décisionnaire et Posek du Mouvement Massorti en Israël

Question du rabbin Ilana Foss (posée pour la première fois avant l’épidémie de coronavirus) : Nous sommes témoins ces dernières années d’un phénomène croissant de juifs ou non-juifs qui refusent de se faire vacciner et de faire vacciner leurs enfants contre la rougeole, la polio ou les maladies infectieuses courantes  Cette question est désormais posée avec encore plus d’acuité avant l’approbation de plusieurs nouveaux vaccins contre le coronavirus qui a déjà tué quelque 1 340 000 personnes dans le monde.

La Halakha requiert-elle de se vacciner ?

Comment la halakha considère-t-elle ceux qui mettent en danger la vie d’autrui en refusant d’être vaccinés – peut-on leur interdire d’entrer dans les écoles, les synagogues ou les lieux publics ?

Réponse :

  1. Attitude du judaïsme envers les médecins et la médecine

 J’ai déjà, dans un autre endroit, passé en revue l’attitude du judaïsme vis-à-vis de la médecine depuis des milliers d’années, de l’opposition à l’obligation (Golinkin, 2011). Mais l’opinion principale qui a été acceptée et validée jusqu’à aujourd’hui est l’approche de Maïmonide dans son commentaire sur la Michna Nedarim 4, 4. La michna enseigne là-bas que si Ruben fait le vœu de ne jamais accepter de bienfait de la part de Shimon, Shimon [est néanmoins tenu de « le soigner et le guérir s’il est en danger de mort ». Et Maïmonide a commenté (Edition de Rabbi Kafach, Jérusalem, 5755) :

« Le malade est tenu de recevoir les soins car c’est une mitsva, c’est-à-dire que le médecin est tenu par la Torah de guérir les malades d’Israël, ce qui est contenu dans l’expression « tu le lui rendras » (Deutéronome 22, 2) – y compris son corps (voir Baba Kama 91b, et Sanhédrin 73a) car s’il est témoin de sa situation désespérée et qu’il a la possibilité de le sauver, alors il est tenu de le sauver par tous les moyens à sa disposition : son corps, son argent ou son savoir [= sa connaissance]. (Comparez Rambam, Hilkhot Nedarim 6, 8; Mishna Pessahim 4, 10 ; Traité des huit chapitres, chapitre V; et Choulhan Arouch Yoré Deah 221, 4) 

Autrement dit, un médecin est tenu de soigner et c’est une mitsva.

B. Sources générales traitant de l’obligation religieuse de prendre soin de son corps ou de sa santé

Cette section est basée sur ce que j’ai écrit dans ma réponse contre le tabagisme (Golinkin, 5752, p. 44-38).

  1. La situation de danger mortel (Pikouah Nefech) repousse presque tous les commandements de la Torah

Comme on le sait, le commandement de sauvegarder/préserver la vie repousse le chabbat (Yoma 5, 1-22 et parallèles), la cacheroute (Michna Yoma 8, 4), Yom Kippour (Ibid. 8, 5), et toutes les mitsvot de la Torah sauf l’interdiction de l’idolâtrie, l’interdiction de l’inceste et celle de faire couler du sang (Ketoubot 19a et Sanhedrin 74a). L’Amora Shmuel a appris ce qui précède du verset « Vous observerez donc mes lois et mes statuts, parce que l’homme qui les pratique obtient, par eux, la vie : je suis l’Éternel. » (Lévitique 18, 5) – et on ne doit pas mourir pas pour eux.

Or si nous avons le devoir de passer outre tous les commandements de la Torah si c’est nécessaire pour sauver une vie humaine, il est évident que nous avons a fortiori la mitsva de nous faire vacciner afin de sauver notre propre vie !

2. Quiconque sauve une vie sauve un monde entier

On enseigne dans la Michna Sanhédrin (4, 6) : (Ceci est la formulation originale selon les manuscrits et les passages de la Genizah.) « L’Homme a été créé unique pour t’enseigner que quiconque supprime une vie, l’Ecriture considère qu’il a anéanti tout un univers. Et quiconque sauve une vie, l’Ecriture considère qu’il a sauvé tout un univers ». Le contexte est l’avertissement aux témoins d’un procès qui met en jeu la vie des accusés, afin qu’ils témoignent le plus honnêtement possible. Or si on nous ordonne de préserver la vie d’un autre, ainsi en est-il a fortiori de notre propre vie ! Après tout, R. Akiva a enseigné (Baba Metsia 62a) « Et que ton frère vive avec toi » (Lévitique 25, 6) – Ta vie prime sur celle de ton ami !

3. Le monde et ce qu’il contient appartiennent à Dieu, par conséquent nul n’est autorisé à endommager volontairement son corps

Le rabbin Yisrael Meir HaCohen, surnommé le Hafetz Chaim (1839-1933), a écrit contre le tabagisme de nombreuses années avant qu’il ne soit prouvé que fumer est dangereux pour la santé. Néanmoins, il a entendu dire que « certains médecins ont statué que les personnes fragiles ne devaient pas adopter des conduites à risque qui aboutissent à l’affaiblissement du corps et même à un danger vital ». En conséquence, il a protesté auprès de ces personnes fragiles : « Qui vous a dit de prendre l’habitude [de fumer] ? »

[…]

De même, dans notre cas, celui qui se promène sans vaccin pendant une épidémie de rougeole ou de coronavirus se met en danger sans raison et n’a pas le droit de saboter la création de Dieu.

4. Il y a un devoir religieux de maintenir son corps sain et entier

Dans le chapitre 4 des Hilkhot Déot, Maïmonide énumère une longue liste de choses qu’une personne devrait faire pour maintenir sa santé. La plupart d’entre eux sont tirés de la littérature talmudique, mais certains d’entre eux découlent sans aucun doute de l’expérience de Maïmonide en tant que médecin. Dans la halacha I, Maïmonide explique l’idée directrice du chapitre :

« Puisque la santé et l’intégrité du corps est une volonté divine, il est impossible de comprendre ou d’apprendre quoi que ce soit du Créateur si on est malade. Par conséquent, il faut se tenir à l’écart des choses qui détruisent le corps et adopter des comportements sains et vivifiants. Ainsi on ne doit manger que lorsqu’on a faim, et ne boire que lorsqu’on a soif, et satisfaire ses besoins sans attendre… ».

On peut soutenir que Maïmonide ne parlait que des choses spécifiées, mais le rabbin Yosef Caro et en particulier le rabbin Moshe Isserliss (Rama, Yoré 117, 5) ont élargi la liste à « tous les comportements à risque » et « toute chose qui y ressemble ».

5. « Vous préserverez vos vies »

Il est dit dans le livre du Deutéronome (4, 9) « Mais aussi garde-toi, et évite avec soin, pour ton salut » Et il est écrit après (4, 15) « Prenez donc bien garde à vous-mêmes ! ». Selon leur sens premier, ces versets mettent en garde contre l’oubli de la Torah (verset 9) et contre l’idolâtrie, mais les sages ont choisi de les comprendre autrement pour dire : un juif doit tout faire pour maintenir son intégrité physique (TB Brakhot 32b).

Maïmonide voyait également ces versets comme un avertissement contre les dangers physiques. Après avoir averti une personne de faire une couverture pour sa fosse et autres, il continue en disant (Hilkhot rotséah vébriout hanefech 11, 4) : « Ainsi il est une mitsva de se prémunir contre toute chose pouvant mener à un danger mortel ainsi qu’il est écrit : « Vous préserverez grandement vos vies ». Cette loi de Maïmonide a également été transposée dans le Choulhan Aroukh (Hochen Michpat 17, 8).

[…]

Certains ont appris des versets ci-dessus que le devoir de maintenir sa santé est un commandement biblique. Cependant, il semble plus vraisemblable que la Guemara dans Berakhot délivre un enseignement en prenant appui sur le texte biblique. Mais il convient de souligner que le Talmud et le peuple juif depuis des générations voient dans ces versets une exhortation générale à faire attention à leur santé physique. Si tel est le cas, même si techniquement un juif refusant de se faire vacciner ne viole pas un commandement biblique, il viole certainement les versets ci-dessus selon l’interprétation acceptée de génération en génération.

6. Beaucoup de choses ont été interdites par les sages en raison du danger pour la vie

Dans le chapitre onze des lois du meurtre et de la préservation de l’âme, Maïmonide statue (Halakha 5) : « Beaucoup de choses ont été interdites par les sages parce qu’elles mènent à un danger mortel, et quiconque passe à côté d’eux et dit « je ne fais que me mettre en danger moi-même, en quoi cela regarde les autres ? » [un tribunal est en droit] de le condamner pour rébellion ». Entre autres choses, une personne n’est pas autorisée à mettre sa bouche sur un jet d’eau [un tuyau relié au sol] ou à boire la nuit aux rivières et aux lacs de peur d’avaler une sangsue, de boire de l’eau laissée à l’air libre [sans couvercle] de peur qu’un serpent n’ait bu de cette même eau, etc. (Halakha 6). De plus, on ne doit pas mettre des pièces de monnaie dans sa bouche de peur qu’il y ait sur elles de la salive de vérolé ou de lépreux (Ibid. 12, 4). Et on ne doit pas passer sous un mur en pente ou sur un pont branlant ou entrer dans une ruine (Ibid.12, 6).

On peut prétendre que les Sages n’ont interdit que ces choses spécifiques et que nous ne sommes pas autorisés à leur ajouter de nouvelles interdictions de notre initiative. Cependant, les décisionnaires soulignent qu’il s’agit d’exemples de dangers et non d’une liste complète. Après tout, Maimonide lui-même ajoute à la dernière loi : « Et tous les dangers qui [leur] ressemblent ».

[…]

En d’autres termes, dans notre cas, quiconque refuse de se faire vacciner en disant « je ne fais que me mettre en danger moi-même, en quoi cela regarde les autres ? » mérite un châtiment pour rébellion, et quiconque prend soin de sa santé « recevra une bonne bénédiction ».

7. Même si neuf personnes n’ont pas été vaccinés et ne sont pas morts, le dixième est tenue de se faire vacciner

Parmi les opposants aux vaccins certains prétendent qu’il n’est pas nécessaire de se faire vacciner parce que beaucoup n’ont pas été vaccinés toute leur vie et sont morts en bonne santé, il n’y a donc pas de danger certain. Or ce n’est pas le cas. On enseigne dans une Brayita (Avodah Zara 30b) à propos de l’eau découverte mentionnée ci-dessus : « Un baril d’eau sans couvercle, même si 9 en ont bu et ne sont pas morts, un dixième n’en boira pas. Il arriva un jour que 9 en ont bu sans mourir, mais un dixième en a bu et en est mort… ». Maïmonide cite ce texte dans la Halakha (Lois du meurtrier et de la préservation de l’âme 11, 14) et le Tour déclare : « Même si d’autres en ont bu et ne sont pas tombés malades, on ne doit pas en boire » (Yoré Déa, 117).

Si tel est le cas, même si neuf personnes n’ont pas été vaccinées et ne sont pas décédées, il est interdit au dixième de refuser le vaccin car il reste un danger possible.

[…]

9. On ne doit pas compter sur un miracle

Il y a des gens – juifs et non juifs – qui croient que Dieu les protégera et ne les laissera pas tomber malades. Sur ce sujet, il est dit dans le Talmud « un miracle ne se produit pas tous les jours » (Meguila 7b et Pessa’him 50b).

[…]

 Rabbi Yanai a également statué : « Ne laissez jamais un homme se tenir dans un endroit en danger pour dire qu’un miracle est en train d’être accompli pour lui, de peur qu’un miracle ne soit pas accompli pour lui » (Chabbat 32a et Ta’anit 20b).

Par conséquent, il ne convient pas d’invoquer un miracle. Il faut se faire vacciner dès que possible.

10. La Halakha interdit le suicide

Nous apprenons dans le midrach Béréchit Rabbah (34, 13) : « votre sang, qui fait votre vie, j’en demanderai compte » (Genèse 9, 5), cela vaut aussi pour celui qui s’étrangle lui-même ». Sur cette base, Maïmonide statue : « […] Et celui qui se tue [est considéré comme] un meurtrier ». Si tel est le cas, le suicide est interdit selon Halacha. De plus, le Sefer Hassidim utilise le verset ci – dessus de la Genèse pour enseigner que tous ceux qui sont morts parce qu’ils ont risqué leur vie « seront jugés comme responsables de leur propre mort ». À titre d’exemple, il cite ceux qui « auront marché dans un endroit dangereux comme une rivière gelée et sont tombés […].

Si tel est le cas, selon le Sefer Hassidim, même le risque personnel conduisant à la mort est considéré comme un suicide. Par conséquent, quiconque refuse de se faire vacciner et meurt devra en rendre compte devant le tribunal céleste.

C) Il faut respecter les conseils des médecins

Comme le souligne le rabbin Alfred Cohen (pp. 89-85), de nombreux décisionnaires en matière de Halakha ont statué que les conseils des médecins devaient être respectés. C’est ainsi que le rabbin Ovadia Yosef a statué sur la base de nombreuses sources. La quasi-totalité des médecins dans le monde déclarant qu’il faut se faire vacciner, on doit suivre leurs recommandations.

D) Les faits scientifiques

En effet, presque tous les médecins dans le monde soutiennent la vaccination en tant que « traitements sûrs et éprouvés » qui sauvent la vie de millions de personnes dans le monde chaque année.

Dernièrement, des sondages affirment qu’environ 50% du public en Israël et aux États-Unis ont peur de recevoir l’un des vaccins contre le Covid-19 qui seront proposés dans un proche avenir. Cependant, ce sont aussi des « médicaments éprouvés ». La société Pfizer, par exemple, a testé son vaccin sur 43000 personnes avec un taux de réussite de 95%, et le vaccin doit subir un examen rigoureux de la FDA américaine.

Voici une liste partielle de faits médicaux sur les vaccins recueillis par les rabbins Woszowski, Frauzer et Bleich selon une vaste littérature médicale :

Variole : Jusqu’à ce que le Dr Edward Jenner (Jenner) Inventé le vaccin En 1796, environ 400 000 personnes mouraient chaque année en Europe de la variole. Grâce aux efforts de l’Organisation mondiale de la santé, cette maladie mortelle a été éradiquée en 1980.

Poliomyélite (polio) : Jusqu’à l’invention du vaccin par le Dr Jonas Salk en 1955, il y avait jusqu’à 18 000 cas aux États-Unis chaque année. Il y a maintenant 15 à 5 cas par an, principalement chez des personnes qui n’ont pas été vaccinées.

Diphtérie : C’était autrefois une maladie courante avec un taux de mortalité de 5 à 10%. Aujourd’hui, il y a moins de 100 cas par an aux États-Unis.

Rougeole : Avant les années 1960, il y avait plus de 500 000 cas par an aux États-Unis et 6,6% des enfants tombés malades au cours d’une épidémie mouraient. Aujourd’hui, la proportion de malades a baissé de 99%. Ceux qui n’ont pas été vaccinés peuvent être infectés par la rougeole 35 fois plus souvent que ceux qui ont été vaccinés (Frauser, p. 10).

Rubéole : Lors de l’épidémie de 1964-1965, 11 000 fœtus sont morts in utero ou par fausse couche et 20 000 nourrissons nés de mères infectées sont nés malades, porteurs d’une malformation cardiaque et/ou un retard mental. Aujourd’hui, le danger a presque complètement disparu grâce au vaccin (Woszowski, p. 110-109, Bleich, p. 450).

Selon un rapport médical de 1992, le vaccin antirougeoleux évite 3,2 millions de décès, et le vaccin antipoliomyélitique prévient 450 000 cas dans le monde chaque année (Rabbi Frauzer, p. 5). 

E) Les dangers des vaccins et leur opposition

Le Ramban, qui était également médecin, a écrit dans Torat Haadam au 13ème siècle à propos des médicaments que « ce qui se guérit les uns peut tuer les autres ». C’est vrai, mais aujourd’hui, nous disposons d’outils scientifiques et de statistiques médicales du monde entier pour connaître le taux de mortalité de chaque médicament et vaccin.

Ceux qui s’opposent aux vaccins les disent « dangereux ». En effet, Jeremy Brown rapporte qu’en France aujourd’hui 40% des sondés pensent que les vaccins ne sont pas sûrs, ainsi que 25% en Grèce et en Ukraine. Mais c’est une fausse affirmation. Le nombre de décès dus aux vaccins est extrêmement faible. Par exemple, pour le vaccin contre la coqueluche, il y a une chance sur 100 000 de contracter une encéphalopathie et un taux de 1 sur 300 000 pour des dommages neurologiques irréversibles. En revanche, le taux de mortalité par coqueluche chez un enfant non vacciné est 10 fois supérieur à celui d’un enfant vacciné (Woszowski p. 112-111).

En effet, selon une étude médicale publiée en 2007, le taux de mortalité dû au vaccin antivariolique est de 07 pour 100 000 personnes contre 10 sur 100 000 personnes pour les personnes qui prennent de l’aspirine tous les jours pour prévenir les crises cardiaques ou 10 sur 100 000 personnes qui conduisent des voitures (Cohen et Newman).

En 1998, un groupe de 12 médecins a publié un article dans la revue médicale respectée The Lancet. Ils affirmaient que le vaccin contre la rougeole (MMR) provoque des cas d’autisme. Cette étude a provoqué un tollé et de nombreux parents, en particulier en Angleterre, ont cessé de faire vacciner leurs enfants et le taux d’infection en Angleterre a augmenté de manière vertigineuse. Cependant, en 2005, 10 des 12 médecins signataires de l’étude ont retiré leur signature. Il s’est avéré que le chercheur principal avait falsifié les résultats, on lui a retiré le droit d’exercer et la revue a finalement annoncé en 2010 qu’elle retirait la fausse étude de ses publications (Bleich , pp.464-463; Bush, pp.185-186).

[…]

Le rabbin Herschel Schechter a déclaré de nos jours que si l’effet secondaire d’un vaccin est d’environ un sur un million, le concept halakhique de « quantité négligeable » devait être adopté afin que personne n’aie peur du vaccin (Galett, p. 65-66).

F) Les sages décisionnaires (poskim) qui encouragent ou même considèrent obligatoire la vaccination, par ordre chronologique :

Comme mentionné, le Dr Edward Jenner a inventé le vaccin antivariolique en 1796. Depuis lors, et même un peu avant cela, la plupart des décisionnaires qui ont traité le sujet ont soutenu la vaccination, certains la considérant même comme obligatoire.

Je présenterai ces décisionnaires par ordre chronologique avec de brèves remarques sur leurs points de vue.

1. Avraham ben Shlomo Nansich ou Nantzig, a publié une brochure intitulée « Aleh Trufa « , Londres 1785. C’était un érudit mais, apparemment, pas un rabbin diplômé. Deux de ses enfants sont morts de la variole. Il a soutenu avec enthousiasme- la « variolation » ou « inoculation », Méthode de vaccination qui existait avant le vaccin plus sûr de Jenner, dans lequel le pus est prélevé sur une plaie d’un patient atteint de variole et inséré sous la peau d’une personne en bonne santé (voir les résumés détaillés dans Frozer, p. 13-12; Eisenstein, p. 77; Brown; Et il est mentionné par de nombreux rabbins énumérés dans la liste de la littérature ci-dessous). Il a vu dans cette méthode l’accomplissement de la mitsva ci-dessus de « vous serez très vigilants pour vos vies ».

2. Le rabbin Ishmael HaCohen de Modina (1723-1811) a également traité de la question de « l’inoculation des Varoli ». Dans un texte, il donne raison à ceux qui pratiquent la vaccination, mais quand quelqu’un lui a demandé s’il fallait le faire, il évitait de répondre. Cependant, il convient de souligner qu’il parlait de l’ancienne méthode d’inoculation et non sur la méthode de vaccination sûre du Dr Jenner.

3. Kountrass Hanhaguot Yechirot (Le livre des comportements honnêtes) (Jérusalem, 1997, p. 6-5, présenté par Frauser, p. 14) attribue cette opinion au rabbin Nachman de Breslav (1772-1811) :

« Et le regretté rabbin a dit que chaque bébé devait recevoir un « Pakin » avant un quart d’année, sinon on est considéré comme meurtrier. Et même si vous habitez loin de la ville, vous devez vous y rendre même quand il fait très froid, etc. ».

« Pakin » en yiddish signifie variole, et l’expression « Pakiner » est une traduction du yiddish « Shtolen Paquin » = vacciner contre la variole. Autrement dit, chaque parent devrait vacciner son enfant avant l’âge de trois mois, même en hiver et même s’il vit loin de la ville et sinon, il est considéré comme un meurtrier.

4. Le rabbin Elazar Falkels (Prague, 1754-1826) a traité du sujet. La communauté de la ville de Tashkin a demandé à son gendre si un médecin non-juif ne venait dans la ville qu’un jour de chabbat, est-il permis de lui amener le bébé pour la vaccination un samedi ? Le rabbin Spitz écrit qu’il vaut mieux se faire vacciner un jour de semaine, mais si ce n’est possible que samedi, les parents doivent faire pratiquer le vaccin samedi. Le rabbin Falkels approuve presque mot pour mot ce que son gendre a répondu. Autrement dit, ils sont tous deux conscients que l’importance de vacciner les enfants est telle qu’on peut permettre qu’elle soit effectuée par un médecin non-juif un jour de chabbat.

6. Le rabbin Yisrael Lifshitz (Danzig, 1860-1782) a autorisé le vaccin contre la variole dans son commentaire « Tiferet Yisrael » à la Mishnah, Seder Moed, publié pour la première fois en 1844. : « Et de là il me semble la permission de faire inoculation (vaccination) De variole, « Bien qu’un sur mille meurt par l’inoculation, dans tous les cas, s’il attrape la maladie, le danger est plus proche, et donc on peut se mettre en danger lointain pour se sauver d’un danger imminent. ».

Autrement dit, il vaut mieux prendre un petit risque avec le vaccin afin de se sauver d’un danger beaucoup plus grand – la variole. S’il a dit cela à une époque où on pensait qu’un sur mille parmi les vaccinés mourait, a fortiori de nos jours quand il s’agit d’un sur 100000.

En 1896, un juif nommé Henry Levy a été emprisonné à Londres pour avoir refusé de faire vacciner son fils au motif que cela était contraire à sa religion. Le procureur, qui était juif, s’est adressé au rabbin Herman Adler, le grand rabbin d’Angleterre, qui a répondu que ce que ce juif « écrivait dans sa lettre n’était pas vrai. Les autorités médicales les plus compétentes s’accordent à dire que le vaccin prévient la variole, ajoutant que l’utilisation du vaccin est pleinement conforme à la lettre et à l’esprit du judaïsme » (Bush p. 186 basé sur le livre « Let there be light » publié à Londres en 1897 ; comparer Eisenstein, p. 77).

8. Le rabbin David Zvi Hoffman (Berlin, 1843-1921), décisionnaire célèbre et dirigeant de la Nouvelle Orthodoxie en Allemagne, n’a pas directement statué sur notre question. Il a statué dans ses réponses que si les deux tiers des médecins de la ville sont d’avis qu’un enfant doit être opéré, « l’opinion de son père et de sa mère ne doit pas entrer en compte, […] et s’ils s’empêchent le chirurgien d’opérer l’enfant ils sont considérés comme des meurtriers. Car dans toute la Torah on ne voit pas qu’un père et une mère ont la permission de mettre en danger la vie de leurs enfants et d’empêcher le médecin de les guérir. C’est la loi de la Torah. »

Dans notre cas, presque tous les médecins du monde conviennent que les enfants doivent être vaccinés et que cela sauve des millions de personnes de la mort. Par conséquent, il faut supposer que de l’avis du rabbin David Zvi Hoffman, la Torah exige que les enfants soient vaccinés même si leurs parents s’y opposent (Frauser, p. 24).

9. Le rabbin Isaac Halevi Herzog (1888-1959) Le premier grand rabbin de l’État d’Israël, discute de notre question dans une Techouva sur la construction d’une clôture de sécurité le Chabbat pendant la guerre d’indépendance. Il écrit : « Et je dis que cela dépend des médecins experts, que s’ils disent que [la peste] peut se propager et que la population doit être vaccinée par injections, même si cela induit un travail interdit par la Torah, si cela n’a pas pu être fait avant samedi, c’est autorisé le chabbat. ».

10. Le décisionnaire ultra-orthodoxe Rabbi Yosef Shalom Elyashiv (1910-2012 ; Lituanie et Jérusalem) a traité de la question à deux reprises. La première décision halakhique est présentée dans le livre d’Akiva Tatz en anglais, il est donc très difficile d’être précis dans la terminologie halakhique. Le rabbin Elyashiv a dit à l’auteur oralement que les parents devaient vacciner leurs enfants même s’ils en ont peur, car c’est une pratique courante dans le monde entier. La non-vaccination signifierait une négligence. Refuser de vacciner les enfants en raison de crainte d’effets secondaires non prouvés est irresponsable et contraire à la Torah. Le danger d’accélérer les épidémies de rougeole, de polio et d’autres maladies avec des complications potentiellement dévastatrices est bien plus grand que les dangers attribués aux vaccins basés sur des anecdotes. Jusqu’à ce que des preuves contradictoires s’accumulent, la bonne approche halakhique consiste à faire ce qui est acceptable. De plus, la législation gouvernementale concernant les normes médicales ajoute du poids à leur acceptation halakhique. (J’ai traduit Maglet, p. 70 = Bush, p. 199, note 41, ce paragraphe est brièvement mentionné dans Bleich, p. 465; Grossman 2020, note 13) .

Dans une autre décision en hébreu, le rabbin Elyashiv a déclaré : « Si la plupart des enfants de la classe sont vaccinés contre un virus, et qu’il y a des enfants que leurs parents n’ont pas vacciné, et qu’il y a des parents dans la classe qui en ont peur, les parents sont en droit d’exiger que les individus agissent comme tout le monde et ne représentent pas un danger pour les autres » (Bush, P. 200, note 47).

12. Le rabbin Yitzchak Zilberstein, expert en matière halakhique et médicale (Bnei Brak, né en 1934), a statué en 2015 qu’un Juif devait se vacciner sur la base des auteurs précédents ; Le rabbin / décisionnaire d’une école a le droit d’empêcher les enfants non vaccinés d’entrer dans l’école tant qu’ils n’ont pas été vaccinés ; Si les médecins ont déterminé qu’il est dangereux pour les personnes âgées de ne pas se faire vacciner annuellement contre la grippe, ils doivent se faire vacciner en vertu du verset « et vous préserverez vos vies » ci-dessus.

13. En 1996, l’Agudat Israel of America a soumis un avis à la Cour suprême des États-Unis, affirmant : « La société a le droit de contraindre les citoyens à se faire vacciner [et] d’exiger qu’un enfant reçoive un traitement vital malgré l’opposition religieuse de ses parents » (Frauser, p. ’15).

14. Le rabbin Hershel Schachter (américain, né en 1941, rosh yeshiva à la Yeshiva University) a statué que si l’État exige la vaccination par la loi, on doit se faire vacciner selon la règle talmudique « dina demalkhouta dina » (la loi du pays est la loi) (Difuss et Buchbinder, page 99, puis dans Glatt, p 71).

15. Le décisionnaire du mouvement conservative/masorti, le rabbin Elliott Dorff (États-Unis, né en 1943) a écrit dans son livre sur Judaïsme et éthique médicale en 1998 (Dorff, p. 253) qu’il est interdit pour un juif de refuser de se faire vacciner si le vaccin s’est avéré efficace. Au contraire, les juifs ont un devoir (ou mitsva, commandement positif) de se faire vacciner eux-mêmes et leurs enfants contre toute maladie lorsque ce traitement préventif est efficace et accessible ».

16. Le décisionnaire libéral Rabbi Mark Woszowski (États-Unis, né en 1952) a statué en 1999 dans une réponse officielle du Comité halakhique des rabbins réformés (CCAR) que la vaccination est un remède éprouvé ou certain – selon les termes du rabbin Yaakov Emden – et fait donc partie de l’exigence traditionnelle de guérir et d’être guéri ; Il est permis selon la Halakha d’exiger des vaccinations; Et une communauté peut adopter un règlement exigeant la vaccination des enfants avant leur admission à l’école de la communauté (Woszowski , p. 115).

17. Le décisionnaire du mouvement conservative/masorti Rabbi Yosef Frauser (USA, né vers 1960) a statué en 2005 avec le consentement de presque tous les membres du comité de Halakha du mouvement conservative/masorti à l’étranger que les parents devaient vacciner leurs enfants à moins qu’un enfant spécifique n’ait un problème médical qui l’en empêche ; Que les parents qui ne vaccinent pas leurs enfants enfreignent gravement plusieurs lois; Que les écoles juives doivent exiger la vaccination de tous les enfants à moins que cela ne mette en danger la vie d’un enfant en particulier; Et que les enfants qui n’ont pas été vaccinés devraient être empêchés d’être admis dans les écoles juives ( Frauser , p. 29).

18. Le rabbin orthodoxe Shlomo Brody a écrit en 2014 qu’il fallait soutenir l’appel des grands rabbins déclarant que, selon la Halakha, tous les enfants doivent être vaccinés conformément aux règlements du ministère de la Santé. (Brody)

G) « Chomer Petaim Hachem »

Certains des rabbins qui ont traité de notre sujet ont débattu du verset « L’Eternel protège les simples » (Psaumes 116, 6) qui est présenté comme un concept halakhique dans cinq occurrences du Talmud. La signification que lui donne le Talmud est qu’il y a un certain comportement qui est dangereux, mais puisqu’un grand nombre le pratique, « Dieu garde les insensés » – Dieu les protégera du danger.

Je renvoie à ce que j’ai écrit dans ma réponse contre le tabagisme (Golinkin, 5752, pp. 47-46) avec de légères modifications. La plupart de ce que j’ai écrit alors sur un juif qui fume s’applique également à un juif qui refuse de se faire vacciner.

H. Est-il permis d’obliger des adultes à se faire vacciner ou à faire administrer un vaccin à leurs enfants ?

Nous avons déjà vu qu’il y a des décisionnaires qui pensent que la réponse est oui. D’un autre côté, il y a un groupe de décisionnaires contemporains qui disent que les vaccins sont souhaitables et recommandés, mais un juif ne peut pas être forcé de se faire vacciner et un parent ne peut pas être forcé de vacciner ses enfants, et si le parent refuse, l’enfant est toujours autorisé à entrer à l’école.

Ainsi, on rapporte une controverse concernant le vaccin MMR qui eut lieu dans la ville ultra-orthodoxe de Lakewood, New Jersey entre 2009 et 2012. De nombreux rabbins ont soutenu les vaccins et ont encouragé les écoles juives à empêcher les enfants non vaccinés d’entrer dans l’école. Cependant, le rabbin Shmuel Meir Katz, à la suite du rabbin Shmuel Kamintsky, a écrit que chaque individu a le droit, selon la Halakha, de choisir de vacciner ses enfants ou non, et les écoles devraient accepter les enfants qui n’ont pas été vaccinés sans discrimination. Ils ont même écrit qu’il est contre « Da’at Torah » (l’avis de la Torah) d’obliger quelqu’un à vacciner ses enfants si le droit civil ne l’exige pas.

Une attitude ambivalente à l’égard de la question apparaît également dans le communiqué de presse conjoint de l’Union orthodoxe (OU) Comité des rabbins d’Amérique (RCA) de Novembre 2018. D’une part, ils exhortent tous les parents à vacciner leurs enfants selon le calendrier recommandé par leur pédiatre. La Halakha demande que chaque juif maintienne sa santé et prévienne le mal et la maladie des autres et donc le consensus des grands décisionnaires est en faveur de la vaccination des enfants afin de les protéger et d’éradiquer la maladie de la grande communauté par ce qu’on appelle vaccination de masse. Cependant, la phrase suivante dit que « tout le monde devrait consulter ses conseillers religieux, médicaux et juridiques sur ce qu’il faut faire », une phrase qui contredit et annule tout ce qui a été dit auparavant !

  1. Pardon, pour moi, c’est une approche déroutante et même complètement fausse. Nous avons déjà vu ci-dessus les opinions des rabbins David Zvi Hoffman et Eliezer Waldenberg dans des cas similaires. Un parent n’a pas le droit halakhique de mettre ses enfants en danger. De plus, nul n’a le droit halakhique de mettre en danger le public en général et le public étudiant en particulier comme on le verra ci-dessous.

2. Comme le souligne le rabbin Woszowski (pp. 115-114), selon le Talmud (Baba Batra 8b) et de nombreux décisionnaires, la « communauté » a le droit de modifier les « règlements de la communauté ». En effet, j’ai souligné dans un autre contexte que l’État d’Israël est la version moderne du « public » (Golinkin, 1959). Par conséquent, une synagogue ou une école ou l’État d’Israël peuvent modifier un règlement conformément à la loi selon laquelle un enfant non vacciné n’est pas autorisé à entrer dans une école.

3.  Le rabbin Alfred Cohen (pp. 102-101) écrit que de l’avis de la plupart des décisionnaires, il est permis d’empêcher une femme enceinte de manger des choses nocives pour le fœtus. Et s’il est permis d’empêcher un juif de nuire à un fœtus, qui n’est pas encore considéré comme une  » âme  » selon la Halakha (voir Michna Aholoth 7, 6), on peut a fortiori empêcher un juif de nuire à un autre en ne portant pas de masque ou en ne se vaccinant pas.

4.  J’ai déjà statué dans ma réponse contre le tabagisme (Golinkin, 5752, pp.49-48) et dans ma réponse contre la mine de phosphate près de la ville d’Arad (Golinkin, 2009, pp.318-316) qu’il est interdit de fumer dans un lieu public ou de construire une mine de phosphate près de la ville pour « Ne faites pas de mal aux autres ». Dans le cas d’une maladie hautement contagieuse telle que la rougeole ou le coronavirus, la bouche d’une personne est similaire à une arme capable de tuer d’autres personnes comme nous l’avons vu lors des rassemblements électoraux américains et des grands mariages en 2020. Par conséquent, un juif doit porter un masque et doit être vacciné pour ne pas nuire aux autres. Et comme l’ont souligné les Tossafistes (Baba Kama 23a) :  » Et il semble ici qu’une personne doit être plus attentive à ne pas nuire aux autres qu’à ne pas subir de dommage ».

5. Le rabbin Mordechai Halperin, un expert bien connu en médecine et halakha, est allé encore plus loin. Il a écrit dans un e-mail en février 2012 qu’il est possible de considérer un individu qui refuse de se faire vacciner lors d’une épidémie comme potentiellement coupable d’un homicide involontaire qui devra rendre des comptes au ciel.

I) Résumé et pratique

En conclusion, depuis l’invention du vaccin contre la variole par le Dr Edward Jenner en 1796, il a été prouvé sans l’ombre d’un doute que les vaccins contre les maladies infectieuses sauvent la vie de millions de personnes chaque année, avec près de zéro pour cent d’effets secondaires ou de maladies causées par les vaccins eux-mêmes. Par conséquent, les juifs ont l’obligation halakhique de se faire vacciner eux-mêmes et leurs enfants, à moins que les médecins ne déterminent qu’il est dangereux pour une personne spécifique d’être vaccinée en raison d’une certaine maladie. En outre, il est halakhiquement permis pour une synagogue ou une école ou l’État d’Israël de modifier un règlement pour empêcher un adulte ou un enfant non vacciné d’entrer dans une synagogue, une école ou un centre communautaire.

Que Dieu aide les médecins à finir de développer et de tester les vaccins contre le coronavirus dès que possible afin de sauver l’humanité de ce terrible fléau.

David Golinkin

Jérusalem la ville sainte

6 Kislev 5781

Traduction et adaptation : rabbin David Touboul

Voir l’original en hébreu ici

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